Écrire à partir de « Dis-moi dix mots »

Depuis peu, je participe à Massy à un atelier d’écriture animé par Marie-Laure de l’association Le Coq à l’Âne. Ce lundi, il s’agissait d’écrire à partir des dix mots de l’opération de sensibilisation à la francophonie « Dis-moi dix mots ». Un mot, tiré au sort, nous était annoncé toutes les cinq minutes et nous devions l’inclure dans notre récit. Les restitutions ont été émouvantes, drôles, philosophiques… En tout cas, très diverses et toutes très agréables à écouter. Enfin, celles de mes compagnes d’écriture. Quant à mon texte, je vous laisse juger.

Cette séance de l’atelier d’écriture n’a été que plaisir, comme toujours.

Atelier d'écriture "Dis-moi dix mots"Je me dressais sur le bord du chemin. J’avais été là pendant des années et, l’été, je me penchais et frôlais la surface de ma rivière de bord de mer.

J’aimais aussi l’automne lorsqu’aux premiers froids, j’hébergeais des écureuils de passage. Ils bondissaient, batifolaient et, parfois, transportaient quelques noisettes. Les cachettes improbables, qu’ils s’empressaient d’oublier, se multipliaient autour de moi.

Même si la pluie me tenait souvent compagnie, c’est durant la saison automnale que les nuages s’amoncelaient les plus nombreux. Parfois légers, blancs et duveteux, souvent noirs, lourds et menaçants, ils laissaient couler une pluie fine qui troublait la rivière. Le cliquetis des gouttes me berçait.

Des enfants de passage, bottes vertes, cirés jaunes, me réveillaient. Ils chantaient une comptine. « Il pleut, il mouille, c’est la fête à la grenouille… Petit escargot, porte sur son dos, sa maisonnette… » Puis brusquement, ils s’arrêtaient. Un bout de bois flottant était un navire marchand. Il transportait un trésor. Des tonnes de pièces en or. Attention, les pirates menaçaient. Ils brandissaient des sabres… que j’appelais branches.

Les enfants devenaient adolescents. J’en ai vu plus d’un, cigarette allumée lorsqu’en bande il se baladait, mais aussitôt éteinte lorsque l’adulte apparaissait. J’ai aussi connu des timides qui près de moi lisaient, et des amoureux qui s’arrêtaient et s’embrassaient. Et ceux qui gravaient… Après le temps des initiales qui s’élargissaient et se boursouflaient, vint celui des émoticônes, un jour souriants, l’autre grimaçants. Et l’éternel cœur transpercé.

Devant ces inscriptions qui s’accumulaient et parfois se superposaient, de petits fureteurs rêvaient d’histoires mystérieuses qui les renvoyaient au passé puis les projetaient à demain.

Je les aimais bien tous ces passants. Mais il y avait aussi ceux que je détestais. Les pires s’appuyaient et, plus d’une heure durant, télésnobaient le présent. Perdus dans leur virtualité, ne dialoguant qu’avec les absents, ils en oubliaient leur environnement. Je sais que leurs appareils nomades devaient leur faire gagner du temps. Que cela rassurait leur maman. Mais moi, ils m’effrayaient ces connectés. À force de scruter leurs écrans, avaient-ils des amis autres que des avatars ?

Un jour, des hommes sont passés. Ils ont dit qu’ils allaient réaménager les bords de ma rivière. Que tout serait rasé. J’ai cru à un canular. Quelques jours plus tard, j’étais marqué de blanc. Les bulldozers sont arrivés. Je suis tombé.

Aujourd’hui, je suis revenu dans mon coin favori.

Certes, je n’héberge plus les écureuils, mais les nuages continuent à me protéger du soleil, les enfants jouent toujours aux pirates à proximité, on grave des émoticônes dans mon dos, les fureteurs farfouillent à mes pieds, les grands dadais continuent à télésnober avec leurs téléphones nomades pleins d’avatars. Quant à moi, et ce n’est pas un canular, je suis toujours le favori de la rivière.

D’arbre, j’ai été fait banc.

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