Évadons-nous autour de dix mots

Dix mots sur tous les tons

Le temps passe décidément trop vite. Il y a un an déjà, j’écrivais autour des dix mots de la Toile de l’opération de sensibilisation à la francophonie dans le cadre d’un atelier d’écriture. J’ai récidivé cette année avec dix mots différents, mais selon le même principe extrêmement simple : un mot, tiré au sort, était annoncé toutes les cinq minutes et devait s’inclure dans un récit.

« Dis-moi dix mots sur tous les tons ».

L’univers de la parole et de la gouaille du « Dis-moi dix mots sur tous les tons » de l’édition 2018 a succédé à l’univers dématérialisé du « Dis-moi dix mots sur la Toile » de 2017.

Un rêve de mots

La petite fille était allongée sur la plage. Sa serviette était démesurément grande et elle s’était glissée jusqu’au bord pour enfouir ses pieds dans le sable chaud. Elle aimait les cacher du soleil et tenter d’atteindre l’humidité, vestige de la marée haute. La fraîcheur remontait alors doucement de ses extrémités, lui procurant une sensation proche du frisson.

L’esprit de la petite fille était aujourd’hui d’humeur particulièrement vagabonde. Les yeux mi-clos, elle observait les nuages et se laissait bercer de leurs légendes.

Au loin, une radio susurrait une chanson qui contait à qui voulait l’entendre une histoire de paroles sans fondement, de mots sans support, de dires qui passent… La voix du crooner berçait la petite fille. Ce n’était pas une ritournelle truculente comme son père lui en faisait parfois écouter. Il avait d’ailleurs toujours paru étrange à la petite fille que ce père si droit, si grand, parfois si sévère, puisse placoter en écoutant la radio.

La chanson résonnait toujours. L’homme n’était pas volubile, et pourtant il ensorcelait la femme qui tentait de se prémunir en psalmodiant un sankalpa : « Paroles, paroles, paroles… » Les nuages se métamorphosaient. L’homme et la femme y apparaissaient. La petite fille aurait voulu les héler : « Ohé ! Tu m’en donnes du caramel et des chocolats », mais elle était trop alanguie pour articuler le moindre mot.

La chanson s’était tue et la jacquetance des plagistes se fit à nouveau perceptible. Un mélange d’accents pointus, de vocables indicibles, de tournures incompréhensibles, pour qui entend sans écouter. Une voix fluette s’empara du songe de la petite fille. Malgré sa douceur, cette voix surpassait les bagous alentour. Elle murmurait que la princesse des nuages allait bientôt rejoindre la terre, qu’un griot l’accompagnerait, que la musique enchanterait les joies, qu’elle allégerait les peines…

Une cymbale retentit. La petite fille sursauta. Son frère la fixait d’un air goguenard, deux cuillères encore vibrantes dans ses mains. C’étaient elles qu’il venait de claquer l’une contre l’autre, aussi près que possible des tympans de la petite. Fini le rêve. La petite fille bondit et courut vers l’eau. Ses cris joyeux se mêlèrent à ceux de son frère.

Drôle de peinture

L’illustration est une photographie d’un tableau que j’ai peint « à la David Hockney » dans le cadre de l’Atelier des Mirettes (association d’arts plastiques dont j’assure le secrétariat). Pas tout à fait le texte, mais pas si éloigné que cela.

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